Diocese d'Uvira

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L'Eglise catholique est visée au Sud-Kivu

À deux jours d'intervalle, un prêtre et une religieuse ont été assassinés dans cette province de l'est de la RD-Congo


Le doute n'est plus permis. Alors qu'à 48 heures d'intervalle un prêtre et une religieuse ont été assassinés par des hommes en uniforme, c'est bien l'Église catholique qui est visée au Sud-Kivu, province de l'est de la République démocratique du Congo (RDC).


Lundi soir, alors que le P. Daniel Cizimia, tué dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 décembre dans son presbytère de Kabare, n'était pas encore inhumé, une moniale cistercienne de la Clarté-Dieu de Murhesa, abbaye située dans le même territoire (département), était à son tour assassinée. Un groupe d'une huitaine d'hommes armés s'est introduit dans le monastère, puis a tiré à bout portant sur Soeur Denise Kahambo Murahirwa. « Ils n'ont rien demandé et n'ont rien emporté », précise le vice-gouverneur du Sud-Kivu, Jean Claude Kibala.

 

Le même modus operandi avait été observé pour l'assassinat du P. Cizimia : les meurtriers étaient entrés et avaient exécuté leur forfait sans un mot. Trois suspects ont ensuite été arrêtés, dont le transfert de Kabare à la capitale provinciale Bukavu a provoqué dimanche 6 décembre la mort d'une personne alors que cinq autres étaient blessées, lorsque des soldats ont tiré pour disperser la foule qui voulait lyncher les suspects.


Son rôle de porte-parole des victimes est clairement visé


Ce double meurtre intervient après deux agressions commises en octobre, également à deux jours d'intervalle, visant une paroisse et une communauté de frères maristes. Les assaillants, des militaires en uniforme parlant plusieurs langues locales, avaient « signé » leur forfait en se présentant comme des Interahamwe, c'est-à-dire comme des membres de la rébellion hutue des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui font l'objet d'une offensive de l'armée congolaise, soutenue par les casques bleus de l'ONU.

 

Cette revendication, pas plus que l'explication avancée mardi 8 décembre par les autorités locales - celles-ci y voyant une « ruse » des rebelles pour opposer la population aux militaires -, ne convainc pas l'Église locale, qui soupçonne plutôt des factions de l'armée nationale. Cette dernière est une « juxtaposition de forces qui se haïssent, chacune ayant son propre agenda », explique le P. Justin Nkunzi, responsable de la commission Justice et Paix du Sud-Kivu.

 

L'Église de cette province, comme sa jumelle du Nord-Kivu, a payé un lourd tribut au long des années de guerre. Son rôle de porte-parole des victimes est clairement visé. « L'Église est la seule à faire contrepoids, explique le P. Nkunzi. Certains voudraient l'impliquer dans la logique des armes, mais elle restera fidèle à sa mission. »